Eduquer sans punir: c’est possible!

Quand vous étiez petits, que ressentiez-vous quand vous vous faisiez punir ? Injustice, haine, humiliation et surtout la peur vous sont sans doute revenus à l’esprit. Parce que la punition endommage la relation et apprend à l’enfant à être plus prudent, elle n’est pas le meilleur outil pour lui faire comprendre le comportement que vous attendez. Souvent disproportionnée et lancée avec force, elle signe plutôt une difficulté à réfléchir et poser des règles adaptées à l’âge et aux compétences de l’enfant,;à savoir organiser le temps et l’espace nécessaire au développement des potentiels de l’enfant; mais aussi à savoir prendre soin de vos propres besoins.

« Ne pas punir »

A lire « ne pas punir » votre corps s’est-il peut-être crispé, comme s’il disait « non, non ». Quelque chose s’oppose, prend peur… comme si vous deviez lâcher la seule chose certaine que vous maîtrisiez : la punition. A y réfléchir plus loin, vous vous dites sans doute : Comment garder le contrôle si je ne le punis pas ? Comment va-t-il comprendre ce qu’il doit faire ou ne pas faire si je ne le punis pas ? Comment l’empêcher de recommencer ? Ne paniquez pas, à ce stade c’est normal, nos parents et grands-parents n’ont jamais lu le genre d’article que vous êtes en train de lire. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient reçu, et vous l’ont transmis ce qui explique votre peur. Mais aujourd’hui, dans ce monde qui a changé, où l’enfant est soumis à nombres de pressions (et vous également), peut-être souhaiteriez-vous faire autrement tant vous comprenez que ce qui importe in fine, c’est vous et la relation positive que vous pourrez créer avec votre enfant.

Sortir d’une éducation basée sur le pouvoir, la peur, la honte    

C’est l’essence même de notre manière de penser le rôle de parent que cette notion de « ne pas punir » ébranle. Notre autorité repose t’elle sur le contrôle, la force, le pouvoir sur l’enfant ? Bien sûr, nous avons une longueur d’avance et nous voulons le meilleur pour lui, mais avons-nous tout pouvoir ? Y a t’il une et unique bonne façon de faire : la nôtre ? Si vous pensez comme cela, vous risquez bel et bien de perdre le plus précieux, le respect de votre enfant à votre égard. S’il ne vous considère plus comme un guide et un soutien à son développement en toute sécurité, mais comme un frein, une barrière voir un danger à contourner, il risque bien vite de se cacher au plus profond de lui-même (mutisme), de vous contourner (fuite) ou de vous contrer (attaque, opposition). Ce qui risque rapidement de faire l’effet inverse recherché, à savoir créer une relation d’amour et de confiance, « bien » se comporter selon vos valeurs. Alors finalement ne vaudrait-il pas mieux trouver autre chose qu’un type d’éducation basé sur le pouvoir, la peur et la honte ?

Ce que la punition apprend

Rappelons-nous qu’à tout comportement correspond une cause. La punition s’adresse au symptôme, le mauvais comportement, et non à la cause. Cherchons la cause du besoin non satisfait, ce pourquoi il se comporte ainsi et le mauvais comportement aura tendance à s’effacer de lui-même.

La punition lui permet également d’éviter de faire face aux conséquences de ses actes. Le mécanisme naturel de la culpabilité n’ayant pas le temps de se mettre en place (la punition lui permet d’expier pour finalement mieux recommencer plus tard) il ne réfléchira pas non plus tout seul aux conséquences de ses actes. Accompagnons-le dans cette réflexion (que penses-tu de ce que tu as fait ? Pourquoi penses-tu que c’est une erreur ?) et invitons le plutôt à réparer.

A force de punir à tout va, le précieux lien qui vous uni à votre enfant et lui donne toute la sécurité dont il a besoin pour explorer le monde, risque de s’altérer et la confiance de s’effriter de jour en jour. L’enfant finit par « s’en foutre » et vous par perdre la face et l’autorité… et plus vous vous sentez inefficace plus les punitions deviennent disproportionnées (et impossibles à tenir, elles perdent donc de leur sens). C’est l’escalade assurée avec au rendez-vous le full kit du mécontentement de part et d’autre : tristesse, colère, injustice, trahison, humiliation…

Connais-toi toi-même…

Eduquer un enfant n’est pas une mince affaire et demande beaucoup de compétences que nous essayons de développer au fur et à mesure des interactions et des situations que nous vivons avec lui. Il n’y a pas de mauvais parents. Comme nous voulons tous le meilleur, mieux vaut être prêt à affronter le pire pour éviter les dégâts que nous risquons de faire si nous n’y sommes pas préparés.

Pour que l’élève dépasse le guide, il faut être capable de se laisser dépasser. Il est donc nécessaire de travailler sur soi et ses propres blessures afin de ne pas les transmettre et de ne pas polluer la relation. Thérapie, coaching, groupe de parentalité, aidez-vous à mieux vous connaître (comment fonctionnez-vous, qu’est-ce qui est important pour vous, qu’est-ce qui vous énerve comme comportement, qu’est-ce que ce comportement réveille en vous, quelles sont les situations qui vous stressent le plus…) et vous l’aiderez à grandir plus sereinement auprès de vous, de votre famille, à l’école, en société.

Comment faire autrement ?

Ce n’est pas parce que notre relation n’est plus basée sur le pouvoir, la peur voir la honte que nous perdons notre influence. Au contraire, l’enfant apprend par mimétisme. Il nous regarde, incarnons ce que nous voulons qu’il devienne (Tiens, comment ai-je demandé à mon mari de monter ce qu’il y a sur l’escalier ce matin ?). Guidons-le avec amour et patience (oh oui !).

Expliquons-lui ce que nous attendons de lui et pourquoi c’est important pour nous. Si la règle a du sens pour vous, elle en aura pour lui. Parce qu’éduquer sans punir, ce n’est pas éduquer sans poser de règles claires et précises si sécurisantes pour son développement. Alors prenons le temps de les réfléchir avec notre conjoint et nos enfants selon nos valeurs familiales. Quelle sont les règles fixes et les comportements acceptables ? Quelles sont les règles variables selon les situations et les comportements inacceptables ?

Utilisons un langage positif (combien de fois avez-vous dit non aujourd’hui ? combien de permissions avez-vous accordées ?). Apprenez à dire non par le biais d’une autorisation : « ne cours pas » vs « marche près de moi » a un impact réel sur sa future manière d’être au monde. Souhaitons-nous qu’il vive le monde comme une suite de choses à ne pas faire ou comme un terrain de jeu ouvert à tous les possibles ?

Proposez-lui des choix que vous aurez réfléchis en amont. « Tu veux la robe bleue ou la robe verte ? ». Savoir choisir est primordial. En posant un acte dans le monde, le choix lui apprend à s’affirmer, à aller vers ce dont il a besoin. S’il a le droit de choisir parmi vos options,  il sera satisfait et vous éviterez la crise d’opposition.

Soulignons et valorisons ses belles habiletés autant que nous le pouvons. Décrivons ce qu’il fait de bien sans exagérer pour autant, il n’est pas dupe sinon vous ne serez plus fiable à ses yeux. Et s’il a mal fait, décrivons les faits sans le juger en tant que personne (« tu n’es vraiment pas débrouillard») au risque d’abimer cette belle estime et confiance en lui que nous essayons justement de soutenir et développer.

Renseignons-nous sur ce qu’il est capable d’apprendre, de faire selon son âge sans attendre qu’il en fasse plus et sans nous énerver s’il n’y arrive pas… s’il n’y arrive pas, c’est qu’il n’est pas encore prêt, que son cerveau n’est pas encore prêt, que son corps et ses capacités motrices ne sont pas encore prêts. Il essaye, il explore, il joue, soulignons ce bel effort et la volonté d’y arriver. Le processus plus que le résultat. Echouer est une étape vers le succès. Ne brulons pas les étapes, mais aidons le plutôt à les réfléchir et à les réaliser. Et s’il a malgré tout laissé tomber le verre, au lieu de crier, proposons-lui de réparer et montrons-lui où il peut trouver la ramassette.

Organisons avec lui l’espace pour qu’il puisse essayer sans abimer notre intérieur (ayons toujours sous la main l’indispensable nappe en plastique protectrice où il pourra sans risque de remontrance expérimenter peinture, modelage et autres pâte à sel ou papier mâché). Organisons notre temps pour lui en consacrer du bon et lui donner des repères de temps sécurisants.

Bosser dur puis prendre plaisir à voir les règles et valeurs s’intégrer

Eh oui, avoir un enfant c’est du boulot ! Bien sûr, tout cela ne vient pas naturellement, devenir un parent conscient prend du temps… mais quel plaisir quand vous entendrez votre plus grand expliquer au plus petit qu’« il faut tirer la chasse après avoir été à la toilette parce que cela sent mauvais et que maman a autre chose à faire que de pour passer derrière nous tout le temps» ou que « ce n’est pas bien de tirer la queue du chat, parce que c’est un animal et que comme toi, il a mal aussi ».

Pour finir, un petit rappel habituel et important. N’oubliez pas de tenir compte de vos besoins pour être prêt à affronter la tornade blanche des émotions, l’affront des oppositions, les comportements qui viennent appuyer là où ça fait mal … Sortez, reposez-vous, distrayez-vous, allez recharger vos batteries avec des nourritures qui vous font du bien.

Et si vous ne voulez pas être pris au dépourvu, travaillez à tout cela avant de re-glisser sans même vous en rendre compte en mode claques et cris si destructeur de la relation !*

*même si parfois inévitable et malgré tout aussi constructeur de son identité. Mais ça, cela fera l’objet d’un nouvel article…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :