Responsable mais pas coupable

Se sentir coupable, voilà un thème souvent abordé en thérapie mais qui a aussi servi de base à la religion pour maintenir l’homme dans toute une série de comportements adaptés au vivre ensemble listés sur les tables de la loi, les 10 commandements.

Pour influencer les comportements de son enfant selon ses valeurs et celles de la société, la culture dans laquelle il évolue, le parent recourra inévitablement un jour ou l’autre, à fréquence et intensité variables à la culpabilisation. Il invite ainsi le regard social et la honte à la table pour maintenir l’enfant dans ce qu’il jugera être « bon » pour l’enfant, pour lui parent et pour la communauté. Pas toujours avec mauvaise intention, mais parfois de manière inappropriée, disproportionnée.

Mais comment se fait-il que chez certaines personnes, ce mode d’être finit par devenir leur être au monde, tel un mode coupable par défaut, dirigeant de manière souffrante leurs ressentis et la manière dont ils vont agir ensuite ?

Suis-je vraiment en faute de ne pas investir le lien ? de me détourner ? de ne pas prendre soin de toi aussi souvent et comme tu le voudrais ?

L’enfant aime son parent, il veut le voir heureux, le soutenir, le guérir parfois… il va agir toute une série de comportements pour cela… mais le parent va-t-il bien ? est-il suffisamment « complet » que pour ne pas avoir besoin de son enfant ? L’enfant est-il pris dans des missions qui le dépassent, dont il n’a pas conscience et qui sont inévitablement vouées à l’échec ?

Si l’enfant est investi de réparer son parent ou de lui éviter de souffrir, a-t-il le droit à la différence ? a-t-il le droit à l’opposition, la résistance, la colère… à ses ressentis et émotions propres, à son autonomie psychique ?

Le parent en souffrance a du mal à prendre soin de ses besoins et à souffrir pour un temps la solitude existentielle propre à chaque être humain… il va, sans s’en rendre compte, donner une partie de cette mission à son enfant… le compléter, le soutenir, le prolonger, être disponible pour lui… il aura de ce fait, parfois du mal à supporter les tentatives de défusion de son enfant… pour éviter la distance, la séparation, l’abandon, il se pourrait qu’il le manipule parfois en jugeant mauvais ce qu’il engagera pour s’affranchir de lui (ce qui risque d’engendrer le phénomène inverse à l’approbation/soumission espérée ; notamment à l’adolescence où il est temps pour lui de se détourner de ses modèles pour trouver sa voie propre) parfois en le séduisant pour l’attirer, en se victimisant pour l’attendrir ou en l’intimidant par la force pour l’asservir par la peur.

L’enfant essayant malgré tout de sortir de l’influence de son parent, de s’autonomiser et vivre sa vie, se sentira coupable de ne pas être le bon enfant rêvé de son parent, de la décevoir, de ne pas répondre à ses appels conscients ou inconscients, voir paradoxaux… il est possible qu’il s’exécute encore et encore, ne pouvant pas imaginer abandonner son parent à son « triste sort », et ce, au prix de colères silencieuses grandissantes dénonçant le paradoxe, les tensions vécues à l’intérieur.

« Mon parent ne comprend décidemment rien, il ne se remet pas en question, il ne voit même pas pourquoi je n’ai pas envie de venir à lui, il ne comprend pas mes colères… il a trop « besoin » de moi et je n’en peux plus… ».

Vous êtes coincés dans les affres de la culpabilités et vous tournez en rond : mauvais enfant – bon enfant…

Comment en sortir ?

Responsable mais pas coupable ! Finalement que votre parent soit pathologiquement culpabilisant ou simplement maladroit, c’est sa défense à lui pour éviter la souffrance de votre éloignement (physique ou psychologique), qu’il vous aime sincèrement ou qu’il craigne pathologiquement d’être seul, il avait tout investi en vous… vous pouvez ne pas jouer là-dedans en transformant la culpabilité en responsabilité.

Assumez que vos choix, vos paroles, vos actes aient un effet dans le monde. Quand vous n’appelez pas, si vous ne vous occupez pas de lui, il se sent rejeté, il se sent seul, il souffre. Je suis responsable de ce que je crée, mais je ne suis pas coupable, il n’y a pas de faute. Je n’ai pas à courir vers lui, mais je peux reconnaitre que c’est ce qu’il vit…

Il, en tant qu’être humain adulte mature responsable de ses émotions (normalement, mais tout le problème est souvent là – il ne l’est pas et vous demande de palier à ses incompétences en vous exécutant… ce contre quoi vous vous rebellez à juste titre) est responsable de ce qu’il va ressentir et surtout de comment il va l’agir ensuite.

« Je me sens seul » – « Je me sens rejeté » – « Je suis vraiment seul au monde personne ne m’aime » – « Tu n’appelles pas souvent » – « Tu es vraiment méchant de ne pas venir, ingrat » – « Tu devrais avoir honte de m’abandonner ainsi »… vous sentez la gradation de la violence ? de la manipulation pour obtenir votre Amour, votre présence ? Oui il souffre et il n’a pas appris à souffrir. Il n’a pas appris à faire avec son angoisse, avec sa solitude existentielle, avec son être mortel et surtout, il n’a pas appris à le communiquer sans violence et à être frustré de vous. Ce n’est pas votre faute, mais c’est ce qu’il vit quand vous mettez de la distance dans le lien. Et c’est cela même que vous, et ses proches tenteront de fuir… et finit par créer ce qu’il redoute.

Battez-vous votre parent ? Le séduisez-vous pour obtenir de l’argent ? Le valorisez-vous pour qu’il garde vos enfants ? … Non… donc à moins que vous n’agissiez vraiment mal, il n’y a pas à se sentir coupable de ne pas le combler. C’est d’ailleurs une douce illusion. Nous ne pouvons pas faire le bonheur de l’autre. Chacun est responsable de soi. J’assume la responsabilité, sans culpabilité.

Ca change quoi d’arriver à transformer la culpabilité en responsabilité ? Je peux entendre qu’il se plaigne, je peux entendre sa douleur, sa souffrance même ses maladresses verbales, parfois même sa violence… sans me sentir manipulable, sans m’énerver, sans me sentir obligé de porter sa croix, de courir dans tous les sens, de répondre à tous ses appels, d’être l’objet de l’autre… j’ai le choix. Je suis détaché des manipulations inconscientes.

Je peux aussi assumer de ne plus avoir envie de me laisser maltraiter si les manipulations sont trop fréquentes, trop intenses, trop violentes… ça aussi c’est ma responsabilité. « Oui je t’abandonne pour ma propre santé mentale. Je me choisis ».

Difficile de rompre (nous aussi nous craignons la solitude) même face à un parent continuellement toxique ou violent qui ne fait pas l’effort de comprendre qu’il y a un autre être humain en face de lui. Mettez vos conditions fermement, vos limites clairement, mettez-vous en colère… et s’il ne comprend toujours pas, s’il n’arrive pas à se contrôler et à diminuer ses manipulations, ses attaques… partez, avec responsabilité mais toujours sans culpabilité, et laissez-le à son triste sort, la solitude.

Nous ne faisons pas nos enfants pour nous mais pour le monde. Nos colères et frustrations sont le reflet de l’intensité de notre Amour ou de notre peur de la solitude, de la mort… mais nous ne sommes pas collés, ils ne nous appartiennent pas, ils ne sont pas nous. Ils existent pour eux même, ont leur chemin, leur rythme, leur goût… nos enfants auront besoin de passer par des étapes, de se prendre des murs, de se différencier de nous.

Si nous souffrons, prenons soin de nos souffrances. Apprenons la communication non violente, apprenons à demander plutôt que reprocher ou critiquer, apprenons à prendre soin de nos besoins et émotions qui sont légitimes, mais pas ne faisons pas n’importe quoi. Si je blesse, si je juge, si je manipule, si je culpabilise… je mets à mal la relation… et j’augmente le risque de me retrouver avec celle que je redoutais tant, la solitude… et l’on ne pourra pas en vouloir à celui qui se sera détourné de vos culpabilisations.

Alors responsable, mais pas coupable oui! A transformer dès maintenant dans votre esprit pour vous sentir exister pleinement. Choisir plutôt que subir, ça commence maintenant!

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