La lutte pour l’intégrité induit-elle inéluctablement un passage dépressif ?

De par le besoin de lutter contre le système qui nous agresse, qui nous perverti de ce que nous sentons être nous, de ce que nous croyons être juste pour nous, ne nous rendons nous pas inévitablement coupable, coupable de trahir le système qui nous a fait naître ? Si tel est le cas, seul le deuil d’un système chaleureux, bienveillant, accueillant, nous permettra de renaître… non sans avoir dû au préalable traverser la sensation de perte, la tristesse, la dépression.

Si lutte il y a, force est de constater qu’il a été ressenti le besoin de lutter, de protéger tout son être contre ce qui voulait s’imposer : les normes & valeurs (sociales et familiales), les maltraitances physiques et psychologiques conscientes ou inconscientes. Nous nous défendons pour nous préserver, pour rester intègre, au plus proche de notre être pur.

Ce combat demande beaucoup. Beaucoup d’énergie, beaucoup de force, beaucoup de colère. Avoir du caractère. C’est un long combat qui commence très tôt. A bat bruit, car trop petit, nous rejetons d’abord ce que nous vivons comme mauvais. Et si ce que nous agissons avec tant de force parfois n’est pas entendu, pas compris, pas accompagné nous en augmenterons l’intensité jusqu’à devoir nous opposer, provoquer, devenir agressif voir violent.

Censés prendre soin de nous, être merveilleux et compréhensifs à la fois, nos parents, humains, imparfaits, nous imposent pourtant un temps d’être eux. De voir le monde à travers leurs yeux en ce compris leurs joies, mais aussi leurs peurs, leurs doutes, leurs inquiétudes, leurs tristesses… Et c’est un passage nécessaire… mais jusque quand, jusqu’où ? à quel moment ma voix devient-elle ma voix ? à quel moment vais-je être entendu ? écouté ? respecté ? guidé sans être dominé ?

Face à ces parents pas toujours conscients de leurs héritages, mais heureusement le plus souvent suffisamment bon, nous ressentons de plus en plus de sentiments ambivalents. Comment se fait-il que je doive me défendre contre toi ? Toi si bon(ne) ? Pourquoi ai-je envie de te repousser ? Pourquoi ta simple présence m’insupporte-t-elle à ce point ?

Si je n’ai pas d’espace (dans le monde ou « dans ma mère »[1]) pour pouvoir vivre ces ambivalences, vivre ces émotions intenses si étranges et contradictoires, que vais-je pouvoir en faire ?

Et petit à petit le doute s’installe… finalement ne serait-ce pas moi le mauvais dans cette histoire ? Je ne peux quand même pas détester ce parent qui m’a désiré, nourri, habillé, accompagné jour après jour, nuit après nuit sans demander quoi que ce soit en retour, sans conditions (mais est-ce vraiment le cas ?).

Alors, c’est sûrement moi qui dois être mauvais. M’aimeras-tu assez que pour m’aimer comme cela ?

Tel un cercle vicieux, la lutte s’organise, non pas contre toi car il m’est impossible aujourd’hui de t’adresser mes griefs : ce sera moi contre le monde entier. Il me faut à tout prix prouver que je suis bon et cacher ce que j’ai découvert.

Certains prennent alors le chemin de la perfection. Et pour le prouver, je vais y mettre beaucoup d’énergie. Je vais briller. Devenir parfait. Mais la quête est impossible, plus j’avance plus la barre est haute. Et lorsque je crois l’atteindre, un nouveau but s’impose à moi la remontant d’un cran. Une petite voix commence à gémir : « Jamais je ne serai aussi bon. Tu vois papa, tu as raison de me crier dessus… ». Je lutte encore et encore, et plus j’en fais, et moins la reconnaissance attendue n’arrive. Et un jour la fatigue à raison de moi. Mon corps m’impose le deuil que je n’arrive pas à faire. STOP. Je m’effondre. KO.  Et d’un souffle vaillant je m’entends encore malgré tout marmonner … « voyez, je n’y arrive pas »…

D’autres choisirons le chemin de l’agression. Je suis plus fort que toi, regarde comme je t’écrase pour me hisser haut. Vainqueurs, mais seuls, ils ne pourront fêter leurs victoires si brutalement acquises qu’auprès de quelques victimes apeurées incapables d’authenticité face à tant de charisme. Là ils chercheront bien vite une nouvelle façon, une nouvelle personne à qui imposer leur volonté par la force. « Moi mauvais ? Jamais, regarder comme je suis bon, comme je suis beau, comme je suis fort ».

D’autres encore se retireront doucement, tel un mollusque dans sa coquille. « Je me sens bien, je suis au chaud, en sécurité ». Ils se retrouveront pourtant bien vite à l’étroit, manquants d’air, insatisfaits… la solitude les pousseront alors parfois à retenter le monde. Puis de frustrations en frustrations, de relations insatisfaisantes en ruptures, les événements confirmerons leurs croyances. Ils n’arrivent pas à se frotter aux durs qui réussissent sans peurs, aux abuseurs sans scrupules, non, décidément « Je suis un incapable»…

D’accident de vie en accident de vie, épuisé de tant lutter contre soi, contre l’autre, ils chercheront un jour à être accompagnés par un autre humain ni bon ni mauvais cette fois, mais présent, vraiment. Ils pourront alors se retourner, et petit à petit, au bout de maints allez et retours, appréhender le père et la mère si imparfaits.

Sans excuser l’inexcusable, ils pourront comprendre les époques, les héritages, et même certaines paroles, certains comportements… des pardons pourront être prononcés, et même si quelques cailloux amers devront être portés encore et pour toujours, ils pourront, à mesure du travail sur le chemin de leur être authentique, s’accepter à leur tour imparfait.

« Les larmes couleront, la pression libérée fera dépression et ce nouvel espace disponible tant et tant attendu pendant des années en l’autre, grandira enfin en son sein. Libéré de la lutte et de l’attente d’être reconnu et accepté pour qui il est, il ira où il veut et plus rien ni personne ne pourra lui faire ressentir ce fiel qui l’avait tant de fois blessé au plus profond de son âme, allant jusqu’à le faire douter de sa propre humanité. Maintenant il ne doute plus. Il est en paix. Il se sait imparfait. Plus besoin de se défendre autant. Il est, ici et maintenant, ce qu’il doit être. Tout et rien à la fois, juste un être humain ».

[1] « dans ma mère »  la mère (le père ou le soignant) trop encombré par ses propres émotions, ses propres héritages, aura du mal à faire l’espace nécessaire pour accueillir les émotions intenses de l’enfant et les accompagner en douceur en les accueillant pour ce qu’elles sont : des messages d’insatisfactions cherchant à être traduits pour retourner, par la satisfaction du besoin sous-jacent, à l’équilibre. Derrière le comportement et l’émotion intense qui le poussent à agir comme il le fait, trouvez le besoin à satisfaire et il n’aura plus à se comporter comme il le fait.

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