A mesure que la conscience s’éveille, le sens de la culpabilité traverse des couches de plus en plus profondes pour venir jusqu’à nous. Nous qui nous sentions coupables et surtout culpabilisés par un environnement victimisant, culpabilisant, manipulateur… tournions en rond dans une cage de colères et de rages. Impossible de s’identifier victimes, trop dangereux, nous devions pouvoir bondir et fuir, et puis ce rôle était déjà pris. Ne restait alors que le rôle de bourreau puisque nous n’arrivions pas à Sauver l’autre (parent, conjoint, enfant, ami, colllègue…) de ses propres souffrances, à le combler de ses propres trous. L’autre qui, seul, continuant à souffrir ou à ne pas vouloir souffrir, venait continuellement demander, accuser, manipuler pour essayer de recevoir quelques insatisfaisantes miettes ou se délester des siennes. Un mécanisme voué à l’échec parce qu’illusoire.
Mais voilà le temps de la conscience. Je ne suis malheureusement pas Dieu, pas le Sauveur ultime de tous les hommes. Nos vies sont terrestres et nous avons à souffrir dans notre chair de cette incarnation. Il est d’ailleurs venu nous le prouver en son temps en nous offrant son fils, « le corps du christ » qui a souffert pour tous les hommes sans lutter, sans entrer dans la névrose humaine, en acceptant ce qui est jusqu’à sa propre mort.
De cette compréhension, de ce détachement naît une vision de soi-même plus douce, une compassion nouvelle sans culpabilité « je suis incapable de l’aider » à ne pas souffrir. Quoi que je fasse, quoi que je dise n’y changera rien car ce n’est pas mon rôle. Je n’ai pas ce pouvoir-là. Comme l’autre, malgré tout son bon vouloir, ne pourra pas m’empêcher de vivre, sentir, de souffrir ce que j’ai à souffrir à l’occasion des évènements qui traversent ma vie.
Si je me sens coupable parce que j’ai mal agi, alors je peux accueillir le malaise comme un déséquilibre de ma conscience. La culpabilité est saine. Elle nous invite à nous excuser, à tenir compte de l’autre, différent de nous, et à mieux agir ensuite.
L’on ne peut dès lors pas nous faire sentir coupable si nous n’avons pas mal agit, puisque cela ne vient pas de nous, ce n’est pas une sensation qui nous habite. L’autre vient nous signifier que lui est en déséquilibre et vient vous demander de l’aider ou de porter à sa place.
Parfois il le formule bien et vous pourrez l’entendre, parfois même l’aider. Parfois il le formule mal, voir même pas du tout et vous devriez tout accepter ou tout comprendre même quand rien n’est dit… vous allez alors sentir cette poussée qui cherche à obtenir quelque chose de vous pour son propre équilibre à lui. Ce n’est pas votre rôle. Vous pouvez reconnaître sa souffrance. Elle peut être déposée entre vous, mais vous n’êtes pas obligé d’en faire quelque chose. C’est une souffrance qui demande à être regardée mais qui ne devrait rien exiger. Si c’est le cas, c’est bien triste parce qu’au fond quoi que vous fassiez, même du plus profond de votre cœur ou de votre énergie, vous ne fournirez jamais qu’une réponse partiellement satisfaisante. L’autre ne peut pas faire l’économie de métaboliser ce qu’il ressent, il ne peut l’éjecter comme un paquet puant dont on veut se délester, il est responsable de prendre soin de lui (surtout émotionnellement, psychiquement) et est responsable de ses comportements… IL ne peut vous déléguer cette tâche impossible. Il y a également des parts inaccessibles, même inconnues de lui-même qui l’agissent… alors comment voulez-vous, vous, savoir de quoi il s’agit et comment faire pour le soulager. C’est malheureusement impossible. Si c’est impossible alors la culpabilité est une torture stérile. Accepter votre impuissance c’est aussi faire le deuil de votre toute puissance. A la rigueur reconnaissez la souffrance de l’autre. Soyez présent si besoin quand cela vous convient, mais vous n’êtes pas coupable de le laisser à ce qu’il a à vivre et sentir : tristesses, colères, culpabilités… Il en est responsable, pas vous. On pourra vous faire croire que vous êtes durs, méchants, mauvais de ne pas prendre ce paquet puant, mais il a à en apprendre quelque chose, il a un chemin à suivre… vous pouvez l’y accompagner mais vous ne pouvez pas prendre sa place sur son chemin… vous n’en voulez pas d’ailleurs. Alors travaillez vos impuissances et toutes puissances, soyez présents, mais authentiques !